60e sommet de 4000 m12 avril 2025 · Mont Blanc
Les Droites dans leurs bottes qui nous donnent du fil à retordre
à skiLa trace
Distance et dénivelé d'après les traces Strava ; profil tracé depuis le GPS. Survolez la carte ou le profil pour situer un point le long de la trace.
Les données
Du 11 avril (début 12h17) au 12 avril 2025 (fin 12h43) · 1 nuit — Refuge du Couvercle
Sommets & itinéraire
Le sommet
Jour après jour
- J1Montenvers > refuge du Couvercle
- J2Les Droites montée éperon oriental et descente col des Droites > Montenvers
Compagnon de cordée
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Topos et références
Le récit
Autant l'escapade de jeudi était une idée de dernière minute, autant celle-ci, ça faisait des mois que j'y songeais.
Les Droites. 4000m d'altitude, très exactement. Le plus petit des 4000, mais un des plus compliqués à gravir et rarement parcouru. Une paroi de granit à cheval entre le bassin de Talèfre et celui d'Argentière, qui vit assez mal la fonte du permafrost. Autrefois, Les Droites se parcouraient classiquement en été, mais de nos jours l'entreprise est jugée objectivement fort risquée en raison des chutes de pierre et l'hiver ou le printemps s'y prêtent mieux.
Plusieurs itinéraires me font de l'œil, mais les conditions sont rarement réunies... Avec le copain John on était parés à lancer un assaut dans la face nord fin mars, mais la météo en a décidé autrement.
La météo grandiose de la semaine relançait l'idée d'une ascension, avant que la chaleur ne fasse tout dégringoler. Le rendez-vous est pris avec ce cher Antho : approche au refuge du Couvercle, et tentative d'ascension par le versant S le lendemain.
L'approche en question était déjà bien fatigante : jambes encore bien échaudées par la bambée de la veille, dette de sommeil entre le retour de Zermatt et le départ pour Chamonix (plus de temps passé dans les trains que dans mon lit), téléphérique de l'Aiguille du Midi en panne, glacier parsemé de caillasses et de flaques... On arrive au refuge du Couvercle bien rincés, on fait une petite sieste puis on papote avec les alpinistes de leurs projets du lendemain. Nous sommes deux cordées avec Les Droites en ligne de mire (l'autre étant menée par ce cher R. Michellod, pointure parmi les pointures des guides suisses, que je suis ravi de revoir là-haut !). L'ambiance est très sympa, le repas est convivial, et on a presque envie de ne finalement pas mettre de réveil pour minuit...
Et pourtant, on se lèvera bel et bien vers minuit, pour se forcer à manger quelques tartines et partir au cœur d'une nuit inondée de lumière par une pleine lune gonflée d'orgueil. Les deux premières heures sont magiques, nous avançons dans le silence et la méditation au cœur d'un cirque glaciaire monumental.
Puis la fatigue arrive : l'approche s'avère longue, les corps sont peu reposés, les yeux piquent... Heureusement, je peux me fier entièrement à mon compagnon de cordée, qui prend toute la charge mentale et gère la course. Ça tombe bien, je n'en avais pas vraiment la disposition. Après 4h de ski et de portage dans la nuit, on sort les cordes et l'ascension rocheuse commence. Il est 5h, la paroi est sombre, et l'austérité des lieux nous pèse tous les deux : le cheminement est compliqué, le rocher plutôt mauvais, il faut alterner grimpe et passages mixtes sur des sections parfois douteuses... Au loin, on aperçoit l'autre cordée qui a choisi un itinéraire différent. Voir leurs frontales nous stimule, et nous comprenons que ce n'est également pas une mince affaire de leur côté.
Après quelques hésitations, moments de doute et remises en question, Antho trouve finalement une manière de sortir de cette souricière et nous filons vers le sommet, soulagés de cette issue favorable.
Le soleil vient illuminer nos visages, tandis qu'à califourchon, nous nous trouvons assis sur le bloc sommital et ses tout juste 4000m d'altitude. Quelle joie, quelle gratitude...
La descente se fera avec une extrême précaution, d'abord pour enchaîner les 300m de rappels (0 spit en place, c'est du sauvage), puis pour skier 700m de pente à 40-45° en neige béton. La descente du col des Droites était censée être le moment 100% plaisir, mais c'était sans compter sur une neige qui n'avait pas décaillé à cause de quelques vilains nuages venus troubler les festivités... Bref, le moment récompense s'est transformé en moment "serre bien les fesses, une faute de carre et c'est fini".
Décidément, Les Droites nous auront durablement marqués tous les deux ! On descend le glacier de Talèfre, puis celui de Leschaux, avant de retrouver une Mer de Glace en état de dégradation avancée et brunie par la poussière transportée des moraines.
Fin de l'aventure : un 60e 4000 durement acquis, le 3e en 48h, et une semaine qui aura bien fait travailler les mitochondries.