La Quête des 4000
Arête de Peuterey : tout est accompli !80e à 81e sommets de 4000 m

18 juin 2026 · Mont Blanc

Arête de Peuterey : tout est accompli !

La trace

80 Aiguille Blanche de Peuterey81 Grand Pilier d'Angle0 km17.45 km4795 m

Distance et dénivelé d'après les traces Strava ; profil tracé depuis le GPS. Survolez la carte ou le profil pour situer un point le long de la trace.

Les données

17.45km
distance
4264m
dénivelé +
2041m
dénivelé −
1 j 12 h
durée
2
sommets
cotation
D IV P3

Du 17 juin (début 4h36) au 18 juin 2026 (fin 16h58) · 1 nuit — Bivouac Eccles

Sommets & itinéraire

Les sommets

Jour après jour

  1. J1Val Vény > Rifugio Monzino > Bivouac Eccles
  2. J2Col Eccles > col de Peuterey > Aiguille Blanche de Peuterey > Grand Pilier d'Angle Mont Blanc de Courmayeur > Mont Blanc > Mont Blanc du Tacul > Aiguille du Midi

Compagnon de cordée

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Topos et références

Le récit

Parmi la constellation des 82 4000 découpant l'arc alpin, il en est quelques-uns particulièrement redoutables. Si gravir la plupart des 4000 suisses (48 au total) s'est fait sans trop de difficultés et pratiquement toujours du premier coup, il n'en fut pas de même pour les 4000 du massif du Mont Blanc (26 au total). L'engagement et l'exposition y sont d'un autre ordre, et ce d'autant plus de nos jours alors que la fonte du permafrost vient fragiliser toutes les structures granitiques et que les glaciers sont de plus en plus fracturés.

Pratiquement toutes ces ascensions de 4000 dans le massif du Mont Blanc furent complexes et éprouvantes : Grandes Jorasses (7), Droites (1), Arête du Jardin (3), Aiguilles du Diable (5), Arête du Brouillard (4). Mais aucune de ces ascensions n'a nécessité plusieurs tentatives. Ce ne fut pas le cas de l'arête de Peuterey.

Après une première tentative éreintante en août 2024, suivie d'une seconde en juillet 2025 qui a frôlé la catastrophe, l'arête de Peuterey et ses deux farouches 4000, l'Aiguille Blanche de Peuterey et le Grand Pilier d'Angle, demeuraient imprenables et inconquis. Toute une série de paramètres doivent converger pour offrir un créneau réaliste, entre la météo, les conditions du terrain, et le facteur humain.

Vers la fin de l'été dernier, j'eus l'intuition que vouloir forcer le destin pouvait conduire au drame, et je me résignai difficilement mais avec abnégation à attendre que les conditions s'y prêtent à nouveau avant d'effectuer une nouvelle tentative.

Depuis lors plusieurs mois se sont écoulés, j'ai eu le temps de finir l'autre grand projet structurant de ma vie ces 5 dernières années en défendant ma thèse de doctorat, puis en me donnant le temps de marcher durant deux mois à travers la France. Mais il me restait à boucler l'ascension de tous les 4000 pour trouver la forme d'accomplissement que je cherchais en entamant cette quête.

Le mois de juin arrive, et amène avec lui les espoirs d'un bon alignement des planètes pour délier ce nœud existentiel qui me préoccupe depuis plusieurs années. Bien qu'aucun retour n'ait encore été fait par une quelconque cordée cette saison, un créneau météo optimal semble se profiler pour mercredi et jeudi. Notre sortie avec Anthony dimanche sur le Weisshorn gravi à la journée nous a légèrement fatigués, mais nous choisissons de mener une tentative sur Peuterey.

La journée de mardi est consacrée aux derniers préparatifs et à la discussion des meilleures stratégies à adopter concernant le cheminement et les horaires. Dans la nuit de mercredi nous partons pour l'Italie et nous élançons au lever de l'aube au pied de cette véritable cathédrale de granit et de glace qu'est le versant sud du Mont Blanc. Après 2400m d'approche, nous parvenons au bivouac Eccles (3900m) en fin de matinée où nous avons quelques heures pour nous reposer et attendre que la nuit retombe et que le gel pétrifie la montagne pour reprendre notre ascension.

Jeudi minuit, le réveil sonne et nous sort de notre torpeur. Un mélange de sentiments très puissants me noue les tripes, le désir viscéral de gravir ces 2 sommets tant convoités, conjugué à la frayeur de l'exposition qui nous attend et de l'engagement maximal auquel nous serons confrontés durant les longues heures à venir.

Arrivé au col Eccles, au cœur de la nuit, des doutes me submergent devant les crevasses béantissimes et les pentes de glace extrêmement raides qui n'attendent qu'un seul faux pas pour nous envoyer dans les entrailles démoniaques du glacier. Je doute, j'ai peur, je remets en question le sens de tout cela. Avec Anthony nous prenons le temps de discuter et d'évaluer froidement la situation et les conséquences de chaque décision prise. Par un sort plutôt mystérieux, nous choisissons de continuer.

Parvenus au col de Peuterey, la situation ne s'améliore pas et les conditions sont loin d'être évidentes : l'accès à la Blanche de Peuterey est vitrifié par la glace et requiert de tirer des longueurs ; la progression dans son flanc nord-ouest est délicate et le rocher particulièrement délité. Le soleil nous accueille au sommet, atteint à 5h30, et ravive en nous l'énergie et la confiance pour continuer. Après quelques rappels scabreux, nous sommes de retour au col et attaquons l'ascension du Grand Pilier d'Angle. C'est la partie que nous redoutions le plus, la paroi où nous avions fait demi-tour l'an dernier sous les chutes de pierre. Cette fois notre stratégie d'un départ aussi tôt est payante : la face est encore figée par le gel et nous progressons sans crainte de nous prendre un frigo de granit en pleine figure.

Le sommet du Grand Pilier d'Angle est atteint à 9h. La joie d'y être parvenus reste contenue par l'exposition et les obstacles qui restent devant nous pour sortir au Mont Blanc. Nous y consacrons toutes nos forces et notre lucidité, remontons encore des centaines de mètres de pente de neige et de glace, pour finalement sortir des difficultés trois heures plus tard, puis atteindre le toit de l'Europe vers 13h.

L'émotion nous y submerge, et nous contemplons dans un immense soulagement tout l'arc alpin et toute sa constellation de 4000 qui portent chacun leurs lots de souvenirs et d'une part de nous-mêmes que nous y avons laissée.

Merci Anthony.

80 & 81/82, rendez-vous tout prochainement pour le dernier sommet qui sera synonyme de promenade conviviale et d'une joyeuse célébration en comité élargi.