La Quête des 4000
Cervin-Express : traversée de Zermatt à Breuil-Cervinia à la journée76e sommet de 4000 m

25 août 2025 · Couronne impériale

Cervin-Express : traversée de Zermatt à Breuil-Cervinia à la journée

La trace

76 Cervin0 km20.37 km4478 m

Distance et dénivelé d'après les traces Strava ; profil tracé depuis le GPS. Survolez la carte ou le profil pour situer un point le long de la trace.

Les données

20.37km
distance
1809m
dénivelé +
2369m
dénivelé −
11 h 59
durée
1
sommet
cotation
AD III P2

Le 25 août 2025 (début 9h01, fin 21h00) · à la journée

Sommets & itinéraire

Le sommet

Jour après jour

  1. J1Zermatt (Schwarzsee) > arête du Hörnli > Cervin > arête du Lion > Breuil-Cervinia

Compagnon de cordée

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Topos et références

Le récit

Une journée fantastique de bout en bout. Le genre de journée qui redonne pleinement sens à notre pratique de la haute montagne, à ce qu'on vient rechercher et ce qu'on peut trouver en passant du temps là-haut.

Alors que les conditions semblaient parfaitement alignées pour une telle entreprise, et en quête de vivre une belle aventure alpine mais sans exposition démesurée après le drame du Brouillard, j'ai proposé à Anthony un Cervin à la journée. Il surenchérit en proposant de carrément tenter une traversée Zermatt - Cervinia, en montant l'arête du Hörnli et en descendant l'arête du Lion.

La météo est impeccable, et qui plus est les itinéraires ne devraient pas être trop fréquentés puisqu'on sera en semaine, la haute saison est gentiment finie, et le refuge Carrel côté italien est en travaux pour tout l'été. Sur le papier, le plan est extrêmement séduisant. Et cela nous permettrait de vivre une belle course d'endurance et de technicité modérée, sans grande exposition a priori.

Après une courte mais bonne nuit dans nos pénates bacounies, le réveil est mis pour 5h40. À cette heure-là, les alpinistes partis depuis la cabane du Hörnli sont déjà levés depuis 2-3h. Mais nous, nous avons encore 1 bus et 2 trains avant de rejoindre Zermatt. Sur place, juste le temps de passer à la boulangerie et de sauter dans la télécabine menant à Schwarzsee. Il est 9h quand, à 2552m d'altitude, nous nous mettons en marche vers notre objectif. 2h30 plus tard, nous atteignons le bivouac Solvay, à 4003m d'altitude. L'horaire du topo est divisé par deux, c'est bon signe.

C'est l'heure de sortir la corde. La grimpe se fait désormais nettement plus raide, de la neige et de la glace commencent à ralentir notre progression, et surtout toute la série d'alpinistes partis dans la nuit commencent à descendre du sommet – et au vu des manœuvres de certains nous préférons dorénavant assurer l'entièreté de notre progression vu le danger qu'ils peuvent nous faire encourir. Mon compagnon de cordée – toujours très méticuleux dans sa pratique – leur en veut un petit peu, mais j'essaie d'être conciliant : gravir le Cervin est pour beaucoup le rêve de leur vie, et certains font un peu n'importe quoi avec la fatigue, et l'amateurisme. Je dis ça sans jugement, mais plutôt comme un avertissement pour celles et ceux qui s'y rendront : certaines personnes ne font vraiment pas tout juste et se mettent en danger, en même temps qu'elles mettent en danger les autres... Mais bon, la plupart du temps les sourires et les mines épuisées mais ravies adoucissent notre regard parfois sévère.

Comme nous a dit Patrick Gabarrou en visite à notre coloc l'autre jour : "ce qui compte vraiment – et rien ne compte plus – c'est d'aimer les autres". Quel magnifique adage qu'il nous laisse en héritage, lui le plus grand alpiniste de tous les temps.

Il est 13h30 quand nous atteignons le sommet suisse du Cervin (76/82), et quelques minutes plus tard nous foulons la cime italienne, où nous nous octroyons une belle pause. C'est l'occasion de contempler tous les sommets alentour. De là, on peut apercevoir distinctement près de la moitié des 4000 des Alpes. Prodigieux. Chacun de ces sommets porte désormais son lot de souvenirs, à l'issue de ces quelques années passées à les gravir.

Ce moment de contemplation au sommet est aussi l'occasion d'assister à une tentative d'un parapentiste particulièrement audacieux qui tente un décollage depuis le sommet (ce qui est plutôt rarissime...). Après de multiples manœuvres infructueuses de l'homme en provenance du Wyoming, et alors que nous sommes de plus en plus perplexes et inquiets d'assister à une scène morbide, nous préférons poursuivre notre chemin.

Celui-ci sera encore bien long : il nous faut désormais descendre tout le versant italien, nettement plus enneigé que son homologue suisse, en descendant l'arête du Lion et en traversant le Pic Tyndall (4239m). L'entreprise sera menée avec une très grande concentration et un maximum de sécurité, sans jamais faire de concession à cet égard. Plus de trois heures nous seront nécessaires pour rallier le refuge Carrel, crampons aux pieds tout du long, et encore deux de plus pour atteindre le refuge du Duc des Abruzzes (Orionde). Des temps à la fois rapides et passablement lents – tout est une question de référentiel.

En effet, si notre descente sera l'occasion de doubler toute une série de cordées parties dans la nuit depuis Orionde pour réaliser l'aller-retour, gonflant quelque peu notre orgueil, celui-ci sera toutefois bien remis à sa place en allant revérifier le record de Kilian Jornet sur cette même arête en 2013. Décidément, les êtres humains ne sont pas tous câblés de la même manière !

L'arrivée à Cervinia sera paisible et pleine de légèreté. Quelle joie, quel sentiment de gratitude au terme d'une telle sortie. Le Cervin gravi en traversée, à la journée, sans se faire peur, sans se mettre en danger, et avec une cordée en top forme.


Le lendemain arrive, avec la grande question du jour : allons-nous complètement exploser l'horaire pour rentrer ? Un bon petit-déjeuner, un cappuccino valdôtain pour nous remettre les idées en place, des moments tranquilles à flâner dans les rues de Breuil-Cervinia, une escale au bureau des guides du coin, et nous voilà en quête de retrouver notre Valais ! En quelques voitures, avec à chaque fois de super rencontres, nous retrouvons la frontière suisse et nous offrons une petite escale à l'Hospice du GSB pour y retrouver nos amis les chanoines. Accueil 5 étoiles, beaux moments partagés, et nous voilà à nouveau le pouce levé pour rentrer chez nous.

Bilan de cette journée toute tranquille : Cervinia → Vex en 5 voitures, et même pas 15 minutes d'attente au total… Bref, que du plaisir une telle escapade, merci mon cher Antho !